A la recherche d’une légende du baroque

Ce lundi soir, Les Arts Florissants, sous la direction de William Christie se produiront à l’Abbaye, les blogueurs ont évoqué avec quelques personnes ce grand nom de la musique baroque.

Stephan Maciejewski, directeur artistique du Festival de Saintes

Qui est William Christie ?

Stephan Maciejewski : « C’est drôle, parce qu’en fait, je crois que la dernière fois qu’il est venu c’était en 1994, donc ça fait 23 ans, pour diriger Didon et Enée de Henry Purcell; et cette année d’ailleurs c’est son successeur, ou plutôt son associé des Arts florissants, Paul Agnew, qui va venir diriger Didon et Enée aussi, avec les étudiants de l’Académie d’Ambronay [ndrl : académie de musique baroque située dans l’Ain]. Je réalise simplement à l’instant que c’est un hasard des choses, que les choses se passent comme ça, que c’est autour de cette œuvre que se retrouvent les deux musiciens (…) Mais c’est vrai que cela fait très longtemps qu’il n’est pas venu, et moi-même je ne l’ai pas vu depuis beaucoup plus longtemps que ça. La dernière fois que je l’ai vu, c’était en 1990 ou quelque chose comme ça. 

Ayant déjà travaillé avec lui, qui est, pour vous, William Christie?

William Christie est un chef, mais aussi un très bon pédagogue; il connait bien la voix. Il a fondé un ensemble nommé le Jardin des Voix, cela représente donc un ensemble de chanteurs qu’on cultive comme des fleurs et qu’on aide à pousser, à avancer dans leur carrière en leur donnant des rôles dans des productions… C’est quelqu’un qui connait très bien le répertoire baroque, qui dans les années 80′ à permis de redécouvrir la musique baroque et en particulier la musique de Charpentier. Il donnera d’ailleurs un concert de Charpentier la semaine prochaine ici au festival de l’Abbaye aux Dames. C’est d’ailleurs du nom d’un opéra de Charpentier, “les Arts florissants” que vient le nom de l’ensemble. 

Trouvez-vous cela ironique qu’un natif américain nous fasse revivre la musique française ?

Je pense que, nous, en tant que Français, nous ne faisons pas toujours attention à notre histoire. A contrario, les étrangers et surtout les Américains ont une certaine fascination pour Versailles et toute une histoire qu’ils n’ont finalement pas eu, les États-Unis restent un pays “récent” à côté de la vieille France. Néanmoins, William Christie reste un homme de culture et étudiait déjà la musique française dans sa jeunesse. Je pense que très souvent notre patrimoine est mieux servi par des étrangers que par nous-même. William Christie en est un très bon exemple, aujourd’hui étant naturalisé français la question ne se pose même plus, il fait partie des nôtres. 

William Christie est-il quelqu’un de tyrannique ?

ll s’agit plus d’un homme exigeant que tyrannique. Je me souviens qu’à l’époque où William Christie dirigeait une classe informelle au conservatoire, c’était très sympathique au tournant amical, mais du jour où la classe est devenue officielle, là, ça ne rigolait plus du tout. Il ne faut pas oublier que le travail devenait effectif, il y avait la délivrance d’un diplôme, on ne pouvait plus se permettre de “déconner”. Je n’ai pas le souvenir d’un homme tyrannique, mais comme le rappelle celui-ci cela dépend de la production ainsi que du stress qui en découle. Tous les grands chefs sont exigeants et doivent l’être. On verra comment il se trouve à Saintes, mais le climat et l’ambiance ne portent pas les gens à être vraiment nerveux ou tyranniques, je ne l’espère pas. Il ne faut pas oublier que tous les grands chefs sont exigeants et doivent l’être de toute façon.

William Christie a-t-il un rôle de transmission ?

Oui évidemment, d’où la création du Jardin des Voix ainsi que ses apparitions lors de festivals comme celui qui se déroule à l’Abbaye. Tout comme Philippe Herreweghe, il voit l’importance de diriger des concerts avec des jeunes musiciens, c’est essentiel.

Que représentent Les Arts florissants pour lui ?

C’est quelque chose qui lui est propre, qu’il a crée en 1979.

Quelle est votre tessiture de voix vous qui avez chanté avec lui ?

J’étais basse, pas assez d’aigu pour être baryton.

Gardez-vous une bonne expérience avec lui ?

Bien évidemment, j’ai fait avec lui surtout de la production autour d’un opéra de Lully qui s’appelait Atys et qui fut un succès phénoménal. À l’époque, c’est-à-dire en 86‑87, nous l’avions même joué aux États-Unis. C’était un très grand succès. Nous l’avons joué 50 fois, il a été repris pendant quelques années et c’est vraiment un souvenir inoubliable. Les gens qui en ont fait parti se connaissent entre eux, on sait que nous avons fait parti de cet événement. Ainsi cela reste pour nous extrêmement fort.

 

Un festivalier croisé sous la toile

Qui est William Christie?

Je ne le connais que de réputation, mais… c’est un chef d’orchestre, un musicien très connu… une des légendes de la musique baroque. Il est à l’origine des Arts florissants, du Jardin des Voix… 

L’avez-vous déjà rencontré?

Je ne l’ai jamais rencontré.

Et l’avez-vous déjà vu en concert ?

Non plus. 

Que vous évoque Les jardins de William Christie ?

Des projets de jeunes chanteurs, en me disant que ce serait une expérience à faire!

Et allez-vous assister à son concert lundi soir au Festival ?

Non, je ne serai plus là… 

 

Une musicienne du JOA, joueuse de célesta

Qui est William Christie? 

William Christie est un grand chef d’orchestre, pour moi. Après, c’est vrai que, comme moi je suis pianiste à la base, on est moins à l’intérieur de l’orchestre que les autres musiciens, même s’il arrive de jouer du piano de concert ou du celesta. Donc je pense que là, la session que l’orchestre va faire avec William Christie, je n’aurai pas la chance de jouer avec lui; il va faire du Haydn et il n’y a pas de célesta ni de piano chez Haydn… mais c’est un grand chef d’orchestre, un grand musicien. 

Vous avez pu entendre les ressentis de vos collègues? Quelle impression vous donne William Christie?

Ils n’ont pas encore pu répéter avec lui. J’ai toutefois déjà entendu des concerts, vu des vidéos de lui, et c’est vraiment ce qui en ressort : un grand nom. C’est quelqu’un qui connait très bien toute la musique classique. 

Vous pensez qu’il a été important pour la redécouverte du baroque par le public?

Oui, mais je pense que la plupart des musiciens qui travaillent sur ce répertoire sont importants. C’est un répertoire qui a été beaucoup oublié, même tout de suite après. Beethoven l’a un peu repris, mais cela a été oublié à nouveau et c’est quelqu’un comme Glenn Gould qui a ressorti un peu le répertoire baroque. Mais c’était une époque où la façon de jouer le baroque était assez propre aux musiciens du temps. Aujourd’hui nous allons vers une évolution, et on revient vers l’étude des instruments anciens. C’est assez intéressant parce qu’il y a une recherche du son de l’époque. 

Son jardin, cela vous évoque quelque chose?

Alors, là… (rires) je n’en ai jamais entendu parler.

Vous allez assister à son concert lundi ?

Lundi je ne serais plus là, car je dois repartir pour d’autres concerts, mais j’aurais beaucoup aimé. 

 

Un couple de festivaliers

Qui est William Christie? Le connaissez-vous?

Oui! Je peux en dire des choses très multiples! Cela a été, pour les personnes de ma génération, l’initiateur, le grand découvreur de la musique française. Nous avons eu avec mon mari la chance d’assister à la représentation d’Athys, puis tous ses enregistrements de Charpentier. Côté pile, un très grand chef et un très grand découvreur.. et la face « plus obscure », à travers quelques amis musiciens qui ont travaillé avec lui et qui admirent le musicien, mais beaucoup s’accordent à dire qu’il est très difficile de travailler avec lui, puis au travers du film magnifique d’Eugène Green, le Pont des Arts, très à charge pour William Christie. Donc, William Christie, vous voyez, pour moi c’est une grande admiration musicale, mais ce n’est pas le musicien et pas l’homme pour lequel j’aurais le plus d’affection… en comparaison à Philippe Herreweghe par exemple.

Allez-vous donc voir le concert dirigé par Christie, qui aura lieu lundi soir?

Oui, bien sûr, nous avons pris nos places bien à l’avance ! Nous l’avions vu très souvent en concert, ce n’est pas la première fois. C’était il y a 40 ans que nous avions pour la première fois vu et entendu Christie, en Allemagne. C’est toujours un des grands de sa génération évidemment. Ce qui serait intéressant aussi, c’est d’entendre ses propositions actuelles, par exemple sur Charpentier, par rapport aux propositions de chefs plus jeunes aujourd’hui. L’interprétation évolue. Nous attendons avec impatience cette rencontre musicale.

 

Hélene Decis-Lartigau, musicologue

Quelles sont les premières images qui vous viennent en tête quand je vous dis William Christie ?

Ce n’est pas un jardinier par hasard ? Un jardinier anglais ? À moins qu’il soit français ? Non je blague ! C’est le maître absolu de la musique française, c’est un pédagogue hors pair. J’en ai un frisson en parlant de lui. Il a réalisé des enregistrements de rêve. Il a restauré la musique française comme on restaure un tableau qui devient plus vivant plus doré, plus coloré. Sans William Christie, on n’aurait pas les mêmes oreilles aujourd’hui. Je suis extrêmement émue de l’entendre cette année. C’est un très grand maître en plus d’être un très bon jardinier.

Propos recueillis par Margaux Malé, Lauren Easum, et Lucas Bérard du Stage Blog du Festival.

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