Cordes pincées et bleu royal

Il est « l’objet emblématique du festival et de l’Abbaye aux Dames de Saintes » nous annonce Annie Millot, vice-présidente du bureau. Le clavecin bleu est un saphir dans son écrin, conçu des mains du luthier parisien Anthony Sidey. Il s’agit d’une copie d’un instrument ancien d’Henri Hemsch, d’origine allemande, l’un des plus célèbres facteurs de clavecins de son temps, datant de 1751. Acquis en 1981, pour la somme de 180 000 francs et inauguré par Huguette Dreyfus, célèbre claveciniste française aujourd’hui décédée, au festival de l’Abbaye en 1981.

C’est un « très bon clavecin comme on trouve peu en Europe » nous déclare Nathalie Mangematin, comptable à l’Abbaye aux Dames de Saintes. Il est estimé à près de 80 000 € ! C’est d’ailleurs pour sa valeur que la location peut paraître chère, 1000 €(hors taxe) pour 2 jours. En revanche, lorsque l’instrument est loué une semaine le prix est réduit de 10 %, de 20 % pour deux semaines et ainsi de suite. En somme, plus le temps de location est long, plus le prix initial est réduit !

« La demande provient principalement de structures culturelles qui organisent des concerts d’instruments anciens » explique la comptable à notre équipe. Ayumi, l’accordeuse et claveciniste, est sur tous les fronts depuis deux éditions du Festival. « J’adore l’ambiance, mais le rythme est très soutenu pendant la période du Festival et nous travaillons aux côtés de musiciens en stress. » Hier elle en a fait les frais, avec l’incident de la fuite d’eau dans le choeur de l’abbaye, elle a dû réparer dans l’urgence l’orgue avant le concert d’ouverture de l’édition, le soir même.

Les instruments de manière générale requièrent un entretien régulier, celui du clavecin est effectué par l’entreprise Blanchard Musique (à Saintes) et exige des contraintes de stockage précises ; c’est pourquoi le clavecin bleu, sensible à l’humidité de l’air, doit être entreposé dans une salle dont la température varie entre 16 et 19 °afin qu’il ne se désaccorde pas et ne demande pas trop de travail à Ayumi, l’accordeuse.

Au XVII et XVIII° siècle, l’age d’or du clavecin, l’écriture musicale se développe et les partitions sont plus fournies. « Cet instrument permet de jouer des mélodies sublimes de cette époque, des pièces virtuoses. » En effet, il comporte 5 octaves Fa-Fa. Deux 8 pieds (2×8’’) et un 4 pied (1×4’’) ainsi qu’un accouplement à la française et un jeu de luth. Il est porteur d’un diapason 415, transportable 440.

IMG_1561Jean Rondeau, sur le Festival de Saintes, c’est un peu le symbole du talent au clavecin, et du classique qui perdure chez les jeunes. En somme, un artiste admiré sous la voile et sur la scène. Il nous de ce clavecin bleu qu’il utilise depuis 3 ans : « C’est un excellent clavecin, d’une facture experte ! » Il connaît bien son concepteur, qu’il admire autant que la production appartenant à l’Abbaye : « Il dégage une vraie puissance musicale, un tempo et une force… » Extraordinaire, c’est ce que ses yeux traduisent. « Il est facile à jouer. Ses basses, ses rondeurs, sa profondeur sont impressionnantes », égrène le musicien. Qui nous confie ensuite que la question du clavecin dans chaque Festival est « très importante, à [ses] yeux ». En effet, le choix de l’instrument influence son jeu : « Ici, bien sûr, j’aime le festival. Mais ici, en plus, le clavecin est bien, et je l’aime. Alors je suis encore mieux, et j’aime encore davantage ce Festival de Saintes ! »

Mathilde Scapin

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Mathilde Scapin

Je suis charentaise et j'ai 16 ans. Je passe en 1ère ES au Lycée Bellevue à Saintes. Je fais du handball depuis 2 ans et j'étudie le russe depuis plusieurs années. J'aimerai essayer de rentrer à Sciences Po Paris et peut être faire du journalisme après qui sait... On verra bien ce que l'avenir me réserve!

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