Françoise Rivalland, tombée dans le cymbalum “un peu par hasard”

Inès est partie à la rencontre de Françoise Rivalland à l’issue de son concert où elle a joué Cage, Kurtág, Aperghis au cymbalum, un instrument étrange.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis Françoise Rivalland, je suis musicienne et j’ai 52 ans. Cela fait 40 ans que je fais de la musique et je joue du cymbalum.

Quel est votre parcours ?

J’ai fait de la musique par hasard. Je n’avais pas de parents musiciens. Quand j’avais 5 ans, j’ai été habité par deux choses. Il y avait soit le conservatoire soit la prison. Je pense qu’à l’époque mes parents hésitaient beaucoup à savoir où ils allaient me mettre. Finalement, ils m’ont inscrit au conservatoire et j’ai commencé la percussion. J’étais une enfant très active et la musique m’a permis de canaliser toutes mes émotions et je pense que c’est pour cela que j’ai continué.

Comment le concert que vous venez de donner s’est déroulé ?

C’est délicat. Tu sais, il vient de se passer. Je dis tout le temps qu’on sait que nous avons des exigences au moment où l’on joue, ou en tout les cas des rêves quand on travaille avant, et ce n’est pas évident de faire le bilan. Si tu veux, il s’est bien passé. C’est le métier quand même. Après je dis souvent que c’est demain que je saurai si je suis apaisée avec ce que j’ai fait.

Comment avez-vous connu le cymbalum ?

J’ai assisté à des répétitions d’un spectacle de Georges Aperghis avec des balinais et des musiciens français. Parmi les musiciens français, il y avait un joueur de cymbalum. J’ai passé des heures à le regarder accorder parce que c’est un instrument avec 150 cordes. C’est assez chiant à accorder ! Et donc je suis tombée amoureuse de cet instrument, de l’émotion qu’il pouvait véhiculer. J’ai décidé de commencer à en jouer.

Quelles sont justement vos références en matière de cymbalum ?

Si je suis honnête, je suis tombée dedans un peu par hasard, je ne le connaissais pas plus que les gens qui sont venus aujourd’hui au concert. Mon monde était déjà la musique classique et la musique contemporaine, ce sont donc plus des compositeurs que des instrumentistes qui m’ont servi de référence. Après, petit à petit, j’ai réussi à rencontrer, à croiser, à jouer avec des musiciens dits “traditionnels”, des Moldaves, et qui sont de fabuleux musiciens. Ces personnes sans pour autant être des références ont été des grands partenaires.

Qui fabrique les cymbalums et où ?

Le cymbalum avec lequel j’ai joué a été fabriqué par un luthier hongrois à Budapest. C’est son métier, il ne fait que des cymbalums. Je pense qu’aujourd’hui, il y a encore quelques luthiers à Budapest qui en fabrique. En fait, on dit plutôt des facteurs, comme pour les pianos. Il y a aussi un ou deux facteurs de cymbalums en Tchéquie.

cymbalum-2-BD-400x300Combien de personnes en jouent à travers le monde ?

Il y a presque deux questions. En Hongrie, par exemple, c’est le premier instrument que tout le monde commence à l’école. C’est comme le piano pour eux. Après, comme cela reste très difficile, c’est très virtuose. C’est comme vous, le piano, tout le monde arrête à l’adolescence, mais cela reste un instrument très joué dans le folkorore. Par contre, en Europe occidentale, on a longtemps été très très peu. À un moment, nous étions peut-être 5 ou 6. Maintenant, nous devons être une quinzaine. Et il y a beaucoup d’instrumentistes traditionnels qui peuvent être roumains ou moldaves.

Pensez-vous que votre concert puisse participer à faire reconnaître le cymbalum ?

Pour la connaissance, c’est certain ! Je fais une différence entre la connaissance et la reconnaissance. C’est à l’instrument de partager les émotions et les choses que j’ai envie de partager avec les gens comme les partitions. Mais la reconnaissance de mon instrument, je n’en souffre pas moi. S’il n’est pas connu, ce n’est pas grave, ça ne me gène pas !

J’ai vu que vous jouiez de plusieurs instruments…

Oui

Pourquoi jouer en particulier du cymbalum ici au festival de Saintes ?

Moi, je suis percussionniste de formation donc à 13 ans j’étais déjà en orchestre symphonique. Les premières fois où je suis venue à Saintes d’ailleurs, c’était aux timbales dans l’orchestre des Champs-Élysées pour Philippe Herreweghe. Les percussions, c’est très très vaste. Tu peux taper, tu as des claviers comme le xylophone, le vibraphone, qui ne m’apportaient pas une émotion suffisante. Je n’aimais pas tellement le répertoire et je pense que le cymbalum m’a apporté un vrai répertoire et j’aime beaucoup ce qu’il peut me transmettre et transmettre au public.

Un peu plus loin dans les allées j’ai rencontré un visiteur spécialement venu de Belgique pour assister au concert de Françoise Rivalland. Iman Liforge est flamand.

Avez-vous aimé ce concert ?

Oui, j’ai fort aimé ce concert. D’abord parce que c’était des compositeurs contemporains que nous avons eu l’occasion d’écouter en plus sur un instrument qui est quand même très connu dans les Balkans, mais qui est beaucoup moins connu, je suppose, dans nos contrées.

Qu’est-ce qui vous a justement plu ans cet instrument ?

C’est l’originalité des sons. C’est finalement les possibilités musicales que cet instrument donne. En plus, cela se réfère quand même toujours un petit peu à la Roumanie, à la Hongrie, à la Transylvanie. Mais je connaissais cet instrument. Je suis allé quelques fois en Roumanie au festival Georges Enescou et dans les concerts il y avait des personnes qui jouaient de cet instrument. En plus, il y a quelques années il y avait, ici, un concert à l’extérieur avec le cymbalum entre autres. C’était des Hongrois qui jouaient.

Êtes-vous habitué au festival ?

Oui. Nous venons depuis très longtemps !

Propos recueillis par Inès Tourdot

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Ines Tourdot

J'ai 15 ans. Je vis à Saintes. A la rentrée, je passe en première S au lycée Recouvrance. J'aime les sciences mais également le journalisme et la géo-politique.

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