« La famille Bach est une constellation dans la musique »

Les Bach, une célèbre dynastie de musiciens issue de Thuringe en Allemagne centrale, depuis le XVIe siècle ils sont meuniers, boulangers, charpentiers, greffiers et pratiquent la musique en amateurs. De la famille Bach sont issus, dès le milieu du XVIe siècle et jusqu’à la fin du XVIIe de nombreux compositeurs, organistes, musiciens municipaux et maîtres de chapelle. En eux s’incarne le rôle central de la musique en pays luthérien.

Hélène Decis-Lartigau, musicologue spécialiste de musique vocale et sacrée et Jean-François Reboux, membres du collège des adhérents et du bureau de l’abbaye aux Dames, ont accepté de revenir sur une histoire de famille.

FamilleBachRosenthalDans sa biographie éditée en 1802, Johann Nikolaus Forkel historiographe allemand constate : « S’il n’a jamais existé une famille dans laquelle un don pour un et précisément le même art sembla en quelques sorte héréditaire, ce fut certainement la famille Bach ». D’après Hélène Decis-Lartigau, « à l’âge de 50 ans, Johann-Sebastian Bach fait la généalogie de sa famille de musiciens depuis très longtemps. On recense plusieurs dizaines de musiciens avant la naissance de J-S Bach. La plupart étaient organistes ».

 

Selon elle, le don de la famille Bach pour la musique vient de « son ancêtre hongrois Veit Bach qui était meunier et travaillait dans un moulin à eau ». Les guerres de religion forcent Veit Bach à s’expatrier en 1580 afin de trouver une région où le culte luthérien soit toléré : c’est la Thuringe, en Allemagne centrale. Ce choix géographique n’est pas un hasard : la Thuringe présente une quantité de minuscules territoires, duchés ou États et il est rare qu’une cour n’emploie pas de musiciens. Cette région voit donc se multiplier les Bach musiciens, qui finissent par monopoliser dans certaines villes tous les emplois en rapport avec la musique : un Bach succède à un Bach.

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« Dans ce moulin, il y a la régularité de la roue qui tourne. Johann Sebastian Bach raconte que cet ancêtre jouait un petit instrument, le cistre, au rythme du moulin. Il dit que c’est comme ça que la famille a appris à garder fermement la mesure. Les gens qui ne sont pas mélomanes reconnaissent justement la musique de Bach par sa régularité », souligne la musicologue.

De plus, « à cette époque on a une filiation presque naturelle, c’était très courant de reproduire le statut professionnel de la génération précédente. On était musicien de père en fils, musicien d’église ou au service de grands seigneurs », affirme Jean-François Reboux.

En effet, l’étude musicale était obligatoire : « dans ces familles nombreuses à l’époque, le père musicien forme ses enfants à la musique et le statut de musicien signifie luthier, accordeur d’orgue, enseignant… Il y a très peu de compositeurs. La musique avait également une place très importante dans la vie quotidienne des gens ». De surcroît, la lignée des Bach musiciens s’étend sur sept générations, et rares sont ceux qui s’écartent de la voie musicale. La grande majorité étudie l’orgue, car « il était l’instrument le plus accessible étant à l’église. C’est un instrument qu’on pouvait jouer même quand on n’avait pas le sou pour se faire fabriquer un instrument », ponctue Hélène.

L’éducation des enfants de Johann-Sebastian Bach s’explique par la perte de son père à l’âge de 10 ans et cherche à se former en donnant à ses propres enfants ce qui lui a manqué. « Tous les pères à cette époque sont très stricts avec leurs enfants. La transmission de la musique était obligatoire, tout le monde joue dans la famille Bach avec des amis comme Pachebel. Les gens se retrouvent pour chanter des cantiques. Les fils les plus célèbres ont certes plus de talent, mais ils ont eu la chance de publier et d’éditer », souligne Hélène.

Johann+Sebastian+BachEnfin, la famille Bach s’est fait connaître à partir de la fin du XVIIe siècle avant la génération de J-S Bach avec notamment les cantates de Johann-Michael Bach et Johann-Christoph Bach. « Ils ont été des musiciens très peu joués à l’étranger à cause de la contrainte de retranscrire les partitions sur papier. La musique de la génération de J-S était beaucoup jouée en dehors de l’Allemagne grâce au développement de l’imprimerie. Mais il est mort dans une relative indifférence. Il faut attendre le XIXe pour ressortir la musique de Bach des tiroirs. C’est par exemple Mendelssohn qui découvre au milieu du XIXe la “Passion selon St-Mathieu”», conclut la musicologue.

Finalement jusqu’au début du XXe, la musique de Bach est quasiment inexistante sauf en Allemagne où la famille était très connue. « La famille Bach reste une constellation dans l’histoire de la musique occidentale. Johann-Sebastian Bach n’est que l’étoile la plus brillante de cette constellation », récapitule Jean-François Reboux.

Lucas Berard

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Lucas Berard

Lucas, 17ans. Entre à la Sorbonne l'année prochaine en licence sciences sociales. Passionné de musique, je participe pour la première fois au blog.

2 Comments

  • fredlem2@gmail.com'
    Frédéric lemaitre commenté sur 12 juillet 2016 Répondre

    Remarquable article
    Le blog est dans son ensemble passionnant

  • prademfaure@abbayeauxdames.org'
    odile commenté sur 13 juillet 2016 Répondre

    le blog est remarquable dites le à vos ammis

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