“La meilleure chose à faire est de considérer le concert comme une continuité du travail”

Présentez-vous en quelques mots ?

Je m’appelle Jean Rondeau, je suis ici au festival de Saintes depuis le 8 juillet au soir. J’ai fait ici deux concerts avec Nevermind, l’ensemble duquel je fais partie en tant que soliste.

Comment crée-t-on un lien avec son public ?

La meilleure chose à faire est de considérer le concert comme une continuité du travail. Ne pas considérer le concert comme une représentation de notre travail, mais plutôt un moment où l’on invite les gens. On est avec les gens dans le même bateau. On partage des questionnements que l’on peut avoir quand on est tout seul ou quand on travaille, on répète avec un ensemble. À mon avis, le meilleur moyen, c’est le partage et c’est peut-être un bon moyen pour essayer de partager, d’avoir un positionnement assez juste.

Est-ce qu’en concert vous sentez quand le public est plus réactif ?

Quand on a une masse humaine, on sent assez bien tout ce qui se passe, on peut détecter plus ou moins d’entrain, d’appréciation, etc… Mais cela reste un ensemble d’individus donc on ne peut jamais “généraliser” un public. Il y a des gens que sont justement dans des états assez différents et on peut parfois le percevoir… d’autres fois moins.

Est-ce que la relation avec le public est différente selon le type de salle, par exemple une salle de musique classique, un auditorium philharmonique ou bien comme ici à l’Abbaye ?

Oui, tous les facteurs interviennent dans la relation avec le public. Pour autant, il n’y a pas de règles spécifiques, mais une acoustique qui va être timide ou un lieu intime, ou un lieu plus grand, cela intervient forcément dans le rapport avec le public. Il peut y avoir des situations vraiment très intimes où l’on va être au plus proche du public, mais cela ne veut pas forcément dire que le public sera plus présent pour autant. Il n’y a pas vraiment de règles. Mais je trouve que l’acoustique, le contexte de la salle, jouent énormément !

Est-ce qu’un public qui ne réagit pas met mal à l’aise ?

Non pas forcément mal à l’aise. De toute façon, quand on est sur scène, nous avons une énorme part de responsabilité il faut donc accepter la situation, la réaction du public. On ne peut pas la contrôler. J’aime bien laisser complètement le public libre de ses sentiments, les gens font ce qu’ils veulent !

Est-ce que vous vous posez des questions après un concert où le public s’est montré indifférent ?

Encore une fois, c’est une somme d’individus et je trouve ça difficile de généraliser. Je pense qu’il y a des gens qui ont été indifférents… des gens qui ont dormi… des gens qui ont été attentifs… des gens qui ont écouté d’une manière ou d’une autre. La perception musicale est tellement différente d’un individu à un autre. En sortant d’un concert je me pose forcément des questions.

Y’a-t-il lors d’un concert de musique classique une sorte d’état de grâce, l’équivalent du duende en flamenco où certains spectateurs peuvent entrer en état de transe ?

Il y a des œuvres qui le permettent et maintenant il faut savoir saisir le rôle de celui qui l’interprète pour essayer de créer des moments d’émotions qui sont rares en fait ! Il y a encore tellement de facteurs qui rentrent en jeu que ce n’est pas tout le temps un but que l’on peut atteindre. Mais il faut essayer de tendre vers cela.

Et quels sont justement ces facteurs dont vous parlez ?

Ils sont vraiment nombreux : le public, l’acoustique, l’instrument, le répertoire, l’état de l’interprète, l’état du public, l’heure, le niveau de digestion… Tout quoi ! La musique que l’on joue, la possession et la connaissance de cette musique par le public sans mettre de hiérarchie dans le fait de connaître la musique ou pas, mais vraiment il y a trop de facteurs pour que l’on puisse les contrôler. À mon avis, il faut vraiment être dans l’acceptation.

Propos recueillis par Inès Tourdot

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Ines Tourdot

J'ai 15 ans. Je vis à Saintes. A la rentrée, je passe en première S au lycée Recouvrance. J'aime les sciences mais également le journalisme et la géo-politique.

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