“Le clavecin ou l’orgue c’est comme Wagner : soit on adore, soit on déteste”

Aujourd’hui, Jean-Luc Ho, jeune organiste et claveciniste de 32 ans et Thierry Maeder co-directeur musical de l’ensemble « Cyclope » avec Bibiane Lapointe, nous on parlé du lien entre clavecin et orgue, deux instruments marginalisés.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Jean-Luc Ho : J’ai découvert l’orgue dans un concert quand j’étais gamin, à 4 ou 5 ans, et ça a été une révélation. Je me suis mis en tête d’apprendre l’orgue, car je n’aimais pas le piano et la guitare. Vu que c’est un peu compliqué de prendre des cours d’orgue dans une école de musique de banlieue parisienne, je me suis mis au clavecin et j’ai adoré. J’ai donc fait des vraies études de clavecin jusqu’au conservatoire de Paris et entre-temps je jouais de l’orgue tous les dimanches.

image14568Thierry Maeder : J’ai étudié dans ma ville natale de Strasbourg d’abord et ensuite à Amsterdam auprès de Ton Koopman qui est un grand claveciniste et organiste lui aussi et chef d’orchestre. Bibiane Lapointe qui est claveciniste dans l’ensemble a aussi étudié avec Ton Koopman, c’est comme cela que nous nous sommes connus. Nous avons passé quelques années à Cologne dans un orchestre de musique baroque très connu à l’époque avec qui on a beaucoup tourné dans le monde. C’était un ensemble qui était justement aussi assez spécialisé dans ce genre de répertoire que l’on aime bien faire et donc après ça nous avons créé notre propre ensemble, « Cyclope » avec lequel on aime bien faire ce répertoire qui tourne autour de musiciens qui ont écrit pour le clavier.

Quelles sont les figures majeures du clavecin et de l’orgue ?

Thierry : Il y a la figure titulaire de Gustav Leonhardt comme organiste et claveciniste, mais aussi pour sa conception générale de la musique un peu loin du vedettariat qui est peut être un peu trop à la mode parfois. Je trouve que c’est magnifique et évidemment Ton Koopman qui était notre maître à Bibiiane Lapointe et moi-même qui est merveilleux. C’est un organiste que j’aime beaucoup. Son approche de l’instrument est particulièrement originale.

Quelle est la grande différence entre l’orgue et le clavecin ?

IMG_20160716_124304Jean-Luc : Il y a autant de différences que de points communs parce que je m’intéresse surtout à la musique du XVIe, XVIIe et XVIIIe. C’est un répertoire commun et beaucoup de personnes passent de l’orgue au clavecin. De nombreuses pièces que je joue au clavecin peuvent se jouer à l’orgue. Au XVIIe, on ne compose pas pour l’orgue ou le clavecin, on compose des pièces de clavier ou de luth un peu partout en Europe. C’est un répertoire qui est très ouvert.

Thierry : Les points communs entre l’orgue et le clavecin, c’est un peu comme la gravure, c’est-à-dire que l’on joue avec les vides et les pleins et donc ça, c’est assez commun aux deux instruments. Grâce aux vides et aux pleins et puis grâce à une gestion aussi fine que ça, on peut obtenir des effets particulièrement subtils, de couleurs et d’impression de couleurs, d’ombres et de lumières. Les différences, c’est que quand on passe d’un instrument à l’autre on a toujours envie de retrouver les qualités de l’autre sur l’un. Quand on joue de l’orgue, on a envie de retrouver la vivacité rythmique que l’on peut avoir si facilement au clavecin. Quand on joue au clavecin, on a envie de retrouver la plénitude sonore qui se fait toute seule à l’orgue et donc évidemment cela conduit l’interprète à une approche particulièrement renouvelée de l’instrument.

Le répertoire en orgue est-il diversifié ?

Jean-Luc : Le répertoire est énorme. On pense souvent que l’orgue ou le clavecin ont un répertoire beaucoup plus limité que le piano alors que c’est tout le contraire. Par exemple, le clavecin apparaît à la fin de la Renaissance et on l’utilise majoritairement jusqu’à la Révolution française, ce qui fait plus de 2 siècles de musique, donc plus que le répertoire de piano. On découvre constamment de nouvelles pièces et partitions. C’est un répertoire considérable. Le répertoire pour orgue est écrasant, car il est joué dans les églises depuis la Renaissance.

Pouvez-vous justement nous parler de cet orgue ?

Jean-Pierre : C’est un orgue qui a été construit dans les années 1630. Comme tous les instruments importants de cathédrale, il a subi pas mal d’évolution, de modifications et d’agrandissement. Dernièrement, il y a une vingtaine d’années, la restauration lui a donné un visage du XVIIIe.

Thierry : L’orgue de la Cathédrale Saint-Pierre est un orgue de style français.

Le fait de jouer sur un instrument classé monument historique, vous donne-t-il des sensations particulières ?

Jean-Luc : Cet instrument est vraiment un monument parce qu’on les admire depuis des siècles. C’est toujours une émotion dans le sens où les sons dégagés par l’instrument existent depuis très longtemps. On se sent tout petit à côté.

Pourquoi avoir fait le choix d’enseigner le clavecin ?

Jean-Luc : Je pense que le clavecin est un instrument comme un autre. Personnellement, j’ai eu le coup de foudre quand j’ai découvert l’instrument et j’ai envie de faire accrocher les gamins à cet instrument extraordinaire, à rendre les gens passionnés. J’ai enseigné pendant 7 ans dans une école de musique en banlieue parisienne, les jeunes qui s’inscrivent en classe de clavecin adorent l’instrument.

Que pensez-vous de la forte présence de jeunes musiciens au festival cette année ?

Jean-Luc : Je pense que c’est une très bonne chose parce que justement il y a des classes de clavecin et des profs de clavecin et donc les jeunes sont sensibilisés tôt. C’est aujourd’hui possible de commencer l’apprentissage de la musique au clavecin, ce qui était impensable il y a 30 ans. Je pense que ça accélère les choses et que ça donne plus de moyens aux musiciens. Tout est beaucoup accessible qu’avant, il y a eu une démocratisation et j’espère que le clavecin et l’orgue ne sont plus liés à une image aristocratique de royaliste versaillais.

Thierry : Je trouve que l’on a beaucoup de chances en France. En effet, il y a une très belle école de clavecin et d’orgue. Et donc on a plein de jeunes interprètes extraordinaires qui apparaissent tout le temps. Vous avez cité Jean Rondeau et Jean-Luc Ho. Il y a beaucoup de très jeunes qui sont formidables. C’est très réjouissant !

À quand un duo J-L Ho et Jean Rondeau ?

Jean-Luc : Je connais Jean depuis qu’il a 8 ans, car on était dans la même classe à Paris dans le 6e arrondissement. On se connaît très bien, donc ça peut être une option envisageable.

Préférez-vous le clavecin ou l’orgue ?

Thierry : C’est comme choisir entre père et mère, c’est impossible.

Propos recueillis par Inès Tourdot et Lucas Berard

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Ines Tourdot

J'ai 15 ans. Je vis à Saintes. A la rentrée, je passe en première S au lycée Recouvrance. J'aime les sciences mais également le journalisme et la géo-politique.

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