« Les choix musicaux varient, ils peuvent évoluer ! »

Aujourd’hui, nous avons rencontré une festivalière de 80 ans habituée du festival, qui vient depuis 1997. Cette fidèle festivalière et ancienne conseillère d’orientation est originaire des Deux-Sèvres et profite pleinement tous les ans du festival de Saintes depuis son entrée à la retraite.

« Je suis exclusivement venue ici pour la musique et parce que je suis née à Saintes. C’est une ville où j’ai vécu donc j’ai beaucoup entendu parler du festival de Saintes. Le festival n’existait pas quand j’étais enfant. Dans ma jeunesse je venais voir mes grands parents à saintes et on allait à la fête des arènes au mois d’août. Il y avait un opéra à ce moment-là ».

Elle nous raconte son apprentissage musical : « J’ai un peu appris à faire du piano quand j’étais enfant, mais j’ai très vite abandonné. J’ai toujours adoré la musique, j’en écoute beaucoup. Donc, j’ai forgé ma culture musicale de manière autonome ».

Elle évoque également sa passion pour la musique contemporaine du XIXe siècle et début XXe, mais « elle a encore du mal avec le très moderne ».

« Par exemple, le plus récent qui me plait c’est Chostakovitch. Et puis, j’ai beaucoup aimé Schubert. Les choix musicaux varient, je ne suis absolument pas fixé, ça peut évoluer. Je ne suis pas une fanatique du baroque, ce n’est pas ma période musicale préférée. Du point de vue instrumental, je pourrai faire des kilomètres pour écouter du piano ».

En parlant d’évolution, elle constate la progressive transformation du festival dans sa programmation et son déroulement : « Le festival a évolué du point de vue géographique parce qu’il y avait beaucoup de choses qui se passaient dans le cloître. La diversification des répertoires joués à Saintes a rendu le programme tellement riche que j’ai toujours trouvé ce qui me convenait, je découvre de nombreuses choses chaque année ».

De plus, elle connait bien l’organisation d’un festival de musique, car, « elle fait partie d’une association à Melle dans les Deux-Sèvres qui organise un festival depuis les années 1970. Je fais partie du conseil d’administration et j’ai longtemps participé au choix de la programmation du festival. Le festival compte 7 à 8 concerts, ça peut très bien être de la musique baroque, romantique, du monde ».

Elle n’est pas venue seule au festival et doit donc faire des choix délicats dans la programmation. « Mais j’essaye tout de même d’aller au maximum de concerts. A mon grand regret, je n’ai pas pu en choisir autant que les autres années, car je vais à un autre festival dans la localité où j’habite qui a débuté le 18 juillet et se termine le 5 août, les deux festivals se sont court-circuités », déclare-t-elle.

Lorsque nous lui demandons si elle a un souvenir particulier du festival qui lui vient à l’esprit, elle nous répond : « Je suis très préoccupée en ce moment, car j’ai perdu mon portefeuille et ma veste. Je n’ai pas les idées très claires en termes de souvenirs musicaux, mais ça m’arrive d’être touchée émotionnellement lors de concerts dans l’abbatiale ».

Elle a deux fils : « un qui a fait de la clarinette, mais qui l’a rangé depuis un moment, et un autre qui n’a jamais voulu faire de musique quand il était petit, mais il fait maintenant de la batterie ». Ses fils ont acquis une culture musicale qui s’est faite de manière naturelle. « Mon mari écoutait beaucoup de jazz. On a baigné pendant toute une période plus dans le jazz que la musique classique, c’est une culture différente, mais qui me plait bien ». Elle considère alors que la transmission de sa culture musicale à ses enfants s’est fait en grande partie en fonction des musiques qu’ils écoutaient à la maison.

Par la suite, elle nous dévoile son opinion sur la sous-représentation de jeunes au sein des publics du festival, et plus globalement dans les concerts de musique classique. « Au festival de Melle, on demande régulièrement aux musiciens de faire un concert pour les scolaires. On a organisé un concert dans un lycée, puis un autre dans une église. Les jeunes étaient présents au concert du lycée, mais ne sont pas revenus pas le soir à l’église avec leurs parents. Je dirai que les jeunes préfèrent une atmosphère musicale au sein de laquelle ils peuvent s’amuser. Il y a aussi beaucoup d’adultes qui ne s’identifient pas à la musique classique, ils disent qu’ils n’y comprennent rien, qu’ils n’ont pas été élevés dans cette culture. Je ne pense pas qu’il y ait quelque chose à comprendre, c’est plus dans le ressenti que la musique se vit ».

Elle poursuit sa réflexion : « Je ne pense pas non plus que ça soit une question de prix, les concerts à Saintes ne sont pas spécialement chers. Dans un festival comme à Saintes, les prix sont variables selon les artistes. Un concert dirigé par Herreweghe va forcément être plus cher qu’un concert de jeunes musiciens qui se produisent pour la première fois ».

Finalement, le problème s’explique dans la faible part d’enfants suivant une formation musicale. « Quelle la proportion sur une ville comme Saintes de gens qui ont fait le conservatoire ? C’est quand même très peu et parmi ceux qui font le conservatoire certains sont poussés par les parents. C’est important comme bagage culturel, mais la plupart ne poursuivent pas » déclare-t-elle.

Elle conclut en nous dévoilant son coup de cœur de cette 46e édition : « Ce coup de cœur pourrait très bien être le concert de Wilhem Latchoumia, notamment l’interprétation des pièces de Satie. J’ai bien aimé, mais malheureusement j’étais trop près du piano à queue. J’ai également adoré le concert de Bertrand Chamayou et l’Orchestre des Champs-Élysées. On va dire que ce sont mes deux coups de cœur de cette année ».

Lucas Berrard

 

The following two tabs change content below.

Lucas Berard

Lucas, 17ans. Entre à la Sorbonne l'année prochaine en licence sciences sociales. Passionné de musique, je participe pour la première fois au blog.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *