“Les gens considèrent que cet instrument est réservé aux princesses”

Du duo au quintette, le Festival de Saintes laisse place aux jeunes musiciens pour quelques concerts « hors les murs ». Parmi ces jeunes musiciens, la jeune harpiste Alexandra Luiceanu. D’origine roumaine, elle naît à Paris en 1987, aujourd’hui elle forme avec Clara Izambert, le duo de harpes Manora et participent au festival de Saintes cette année. Son goût pour les projets hors-normes et son engagement musical tourné vers l’avenir l’ont amené à travailler avec différents compositeurs actuels : Karol Beffa, Michaël Jarrell ou encore Michel Sendrez. Nous sommes allés à sa rencontre.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Alexandra Luiceanu. J’ai formé avec Clara Izamberg le duo de harpes « Manora ». Nous allons jouer cette année au festival un programme romantique sur des instruments d’époque datant de la fin XIXe.

Pourquoi avoir fait le choix d’étudier la harpe ?

Je pense que pour les petites filles, c’est un instrument qui renvoie au monde imaginaire de l’enfance. Après pour moi, le choix de cet instrument reste un mystère. Je pense que l’idée est liée à mon obsession pour le film « Les Aristochats ». C’est un instrument avec lequel on peut jouer beaucoup de choses différentes dans des acoustiques différentes. C’est un bel objet qui a un timbre exceptionnel.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours musical ?

J’ai fait mes études, licence et master, au conservatoire de Lyon. Ensuite, j’ai rejoint Clara à Paris où elle a fait ses études, pour entamer une formation à la pédagogie. Depuis, je joue dans des formations diverses, à la fois seule, en orchestre ou en duo comme aujourd’hui.

Quand on observe les harpistes jouer, on remarque une forme de sensualité que le musicien entretient avec son instrument. Qu’en pensez-vous ?

Oui c’est vrai, on fait corps avec l’instrument. Et puis vu que le son part des doigts, le moindre mouvement va jouer sur ce qui va s’entendre. C’est un jeu où il faut être à l’écoute de soi-même.

La harpe a-t-il un répertoire particulier ?

Justement avec cet instrument on peut toucher à toutes les esthétiques. Par exemple, c’est un instrument qui marche très bien pour la musique romantique. Mais, les compositeurs du XXe siècle ont aussi beaucoup écrit pour la harpe comme Debussy. Les compositeurs du XXe ont réussi à faire ressortir de la harpe les modes de jeu qui ont glissé dans l’oubli.

C’est donc un répertoire assez varié ?

Oui bien sûr. Après, il faut chercher pour trouver des choses et c’est un répertoire qui demande à être redécouvert. J’ai par exemple fait écrire des pièces pour harpe. C’est un instrument fascinant ! Malheureusement, on a plein d’idées reçues sur cet instrument.

Alors justement sur les idées reçues, on voit surtout des femmes harpistes. Comment cela s’explique ?

Historiquement, la harpe est un instrument de salon donc les femmes qui n’avaient pas l’occasion de sortir ont pu avoir la chance de pratiquer cet instrument. Après, il y a beaucoup de harpistes hommes qui font des carrières incroyables en ce moment. Le jeu masculin et féminin est d’ailleurs totalement différent au niveau de la puissance des doigts. C’est vrai qu’il y a très peu de harpistes hommes dans les conservatoires, il faut combattre ces idées reçues ! Les gens considèrent que cet instrument est réservé aux princesses, aux fées.

Votre duo est réputé pour varier les programmes. Pourquoi avoir fait ce choix au lieu de se concentrer sur une période particulière ?

Je pense que cela fait partie des périodes de vie, c’est la curiosité. Cette variété est liée à plusieurs facteurs : aux personnes qu’on rencontre, ce qu’on écoute sur le moment… J’ai joué du Indila qui fait de la variété, j’ai joué du Michael Jackson dans un quatuor. Pour l’instant je suis jeune et j’ai fini de toucher un peu à tout.

Qu’allez-vous interpréter tout à l’heure ?

Nous allons jouer des pièces romantiques écrites pour deux harpes et des transcriptions de pièces de Schubert. On fait un mélange de pièces peu écoutées. Par contre, le jeu sur les instruments anciens reste un défi, car il y a plein de mécaniques à gérer, mais le son est incroyable.

Lucas Berard

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Lucas Berard

Lucas, 17ans. Entre à la Sorbonne l'année prochaine en licence sciences sociales. Passionné de musique, je participe pour la première fois au blog.

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