Les Kuffner Galls : “La musique ce n’est pas nécessairement jouer mais c’est aussi de guider le public vers la musique”

« Clarinette : Instrument de torture utilisé par une personne qui a du coton dans les oreilles. Il y a deux instruments qui sont pires qu’une clarinette-deux clarinettes. » [Ambrose Bierce] Ce n’est donc pas une clarinettiste que nous avons rencontré, mais deux. Maryse Legault et Adrianna van Leeuwen sont venues du Canada jusqu’à Saintes afin de présenter leur duo de clarinettes. Maryse est une clarinettiste vivant à Montréal, elle a effectué une licence où elle a fait de la clarinette moderne et de la clarinette historique et elle vient de terminer sa maîtrise au conservatoire de la Haye. Elle mène une vie où elle navigue entre les océans. Adrianna quant à elle vient de l’ouest du Canada où elle a aussi étudié la clarinette moderne. Nous sommes allées à leur rencontre afin de les découvrir.

De quelle manière la musique est-elle entrée dans votre vie ?

Maryse : Quand j’étais petite, mon père travaillait dans la maison de la culture au Québec : c’est un centre culturel présent dans chaque quartier où il y a des concerts, des pièces de théâtre, des expositions… J’assistais presque à chaque événement et cela m’a donné envie. Quand j’étais petite j’ai donc été prise dans une école primaire en musique où j’ai fait du violon et de la flûte à bec avant de découvrir plus tard la clarinette.

Quel rapport avez-vous avec le JOA ?

On n’est pas officiellement des membres du JOA, Adrianna l’a jamais fait c’est la première fois qu’elle vient à Saintes. Quant à moi je suis déjà venue deux fois pour jouer Schubert et Mozart à l’orchestre et j’ai aussi fait de la musique de chambre.

Quelles sont les spécificités de votre parcours, individuellement puis dans votre duo ? 

J’ai un intérêt très varié pour la musique, j’écoute vraiment de tout dans mon iPod. J’adore le rock des années 70, la pop des années 80, la musique folklorique de l’Europe de l’Est. J’écoute tout ça et ça me nourrit un peu. Pendant ma maîtrise, je me suis spécialisée sur la musique vraiment solo comme le concerto, le quintette à cordes avec une clarinette. J’essaie d’aller explorer le début du 19e siècle, Adrianna se spécialise davantage dans la musique préclassique et baroque. Ensemble on rejoint donc une très grande variété.

Accordez-vous une grande importance à cette transmission du savoir de la musique ancienne ou classique ?

Oui, je crois que c’est important, mais le plus important pour moi c’est vraiment de transmettre la musique, point. Il existe différents moyen pour le faire même si nous travaillons sur la musique ancienne d’époque, je trouve qu’il est important de partager. Mon but n’est pas nécessairement de donner un cours, c’est vraiment plus d’aller toucher les gens et inclure la musique dans leur quotidien plutôt qu’essayer de défendre une esthétique qui est peut être passée, même si je m’en inspire énormément.

Justement, de quelle manière on l’a transmet la musique ?

Je pense qu’il faut se déplacer vers les gens, je ne pense pas que la meilleure manière de faire soit les concerts style salle à l’italienne froide avec les musiciens très loin du public dans une énorme salle. Pour moi, il vaut mieux aller dans les résidences pour personnes âgées, dans les galeries d’art, dans les cafés, un peu comme ici sous le voile je trouve que c’est un super contexte. Il faut vraiment aller là où les gens aiment aller. Souvent les gens le vendredi soir préfèrent aller boire un verre plutôt que d’aller deux heures dans une salle de concert froide sans bouger, sans dire quoi que ce soit. Il faut se déplacer vers les gens pour leur partager la musique.

Est-ce que les jeunes sont réceptifs ?

Dans des contextes comme cela énormément, j’ai organisé beaucoup de concerts par exemple dans un bar à vin ou à bière en fonction de la musique que je jouais. J’ai fait des concerts avec des bières allemandes, chaque pièce avait une bière associée. C’est dans des contextes comme ceux-là que les gens se sentent plus relax, là où ils ne sentent pas qu’il y a une certaine rigueur où ils doivent suivre un protocole strict. Ils se rendent alors compte d’une chose : la musique n’est pas le problème, mais c’est le cadre dans laquelle on la met.

Pensez-vous que ce que vous faites peut susciter des vocations auprès des plus jeunes ?

Je crois que oui, et je crois qu’il faudrait encourager le fait qu’être musicien ne veut pas nécessairement dire avoir « le » parcours traditionnel : le conservatoire, le concours puis rentrer dans un orchestre. On peut aussi être gérant d’artiste, être responsable d’une salle de concert, travailler dans la programmation… il y a tellement de vocations autour de la musique qui aident la transmission ainsi que le partage de la musique. La musique ce n’est pas nécessairement jouer, mais ça peut être aussi de guider le public vers la musique.

Quels avis recevez-vous sur ce que vous jouez ?

En général c’est positif, c’est même très positif. Hier nous avons fait un concert à Cognac dans l’ancienne usine de bouchage Delage, et c’est la première fois qu’ils faisaient un concert. C’est une espèce de grande verrière avec des briques comme l’abbaye avec une très bonne acoustique. Il faisait chaud, mais les gens étaient très proches de nous, il y avait un bon contact et les gens adorent ça parce qu’ils peuvent nous regarder dans les yeux, on peut leur parler sans avoir un micro et être loin. Et les gens étaient surpris du caractère divertissant du duo de clarinettes. On ne joue pas des œuvres connues, ce ne sont pas non plus des compositeurs connus et les gens découvrent un nouvel intérêt. Ils se disent : c’est relax, c’est sans prétention et c’est divertissant. Nous faisons souvent des pièces très courtes et les gens se sentent impliqués, ils ne s’ennuient pas pendant une demi-heure où ils s’en vont dans leurs rêveries. Il y a toujours un moment où on arrive à une cadence et là c’est la fin on applaudit. Nos concerts durent un peu moins de soixante minutes sans entracte.

 Quel est votre public ?

Cela dépend vraiment, les publics sont complètement différents. Nous sommes déjà allées dans les hôpitaux, dans des résidences pour personnes âgées, dans des résidences pour des personnes qui souffraient de démence, dans des galeries d’art avec des dégustations de vin. J’ai aussi fait des événements dans les quartiers, c’est vraiment des jeunes et des vieux qui se rejoignent et qui mangent ensemble et qui passent une belle soirée. On a aussi joué dans la bibliothèque de La Haye, le public est aussi varié. Souvent les personnes qui sont attirées par des concerts de musique classique sont plus vieilles que jeunes sauf quand il y a des contextes plus festifs comme les soirées avec de l’alcool.

Depuis quand êtes vous en duo ? Comment vous êtes-vous rencontrées ?

Deux ans. On s’est rencontrées au Canada dans un stage de clarinette moderne il y a dix ans déjà. Puis quelques années plus tard, on s’est écrit quelques mail, parce que toutes les deux on commençait la clarinette historique et on se rappelait qu’on avait eu un contact et finalement Adrianna est rentrée au bac, c’est comme la licence ici. Elle est rentrée deux ans avant moi avec le professeur avec lequel je voulais étudier. Quand je suis arrivée, on s’est rapidement mis en duo et ça marchait bien. Initialement c’était un peu un outil pédagogique, le professeur nous encourageait à faire ça parce que c’est un peu comme une mise en abîme de ce qu’on doit faire à l’orchestre. Il faut vraiment jouer en partenariat avec quelqu’un c’est excellent pour l’écoute, pour placer la justesse, la projection. Puis c’est rapidement devenu un outil de performance donc on a fait des petits concerts puis des plus longs concerts et ça a pris de l’expansion comme ça et on a décidé de faire un duo officiel parce qu’on avait des bonnes réactions.

Pourquoi un tel nom ?

« The kuffner galls », dans le fond c’est un peu les « Charlie’s angels » de Kuffner qui est un compositeur de duos pour clarinettes, nous en avons joué énormément et c’est suite à une performance d’un duo de Kuffner qu’on a décidé de prendre ce nom. C’est une blague, un petit clin d’oeil.

Est-ce que vous voyagez beaucoup ?

Oui c’est sûr ! En ce qui me concerne je vais beaucoup en France, Angleterre, Allemagne, Belgique, au Canada bien sûr, les États-Unis aussi un peu, nous sommes allées sur la west coast l’an dernier.

L’accueil que l’on vous réserve est-il différent entre ces différents pays ?

Ici au début les gens sont parfois « poker face », mais vers la fin ils sont enthousiastes et montrent beaucoup plus leurs émotions. Au Canada ils sont un peu intimidés, il y a souvent le préjugé que les gens doivent connaître la musique classique pour pouvoir l’apprécier, il y a une peur des gens d’applaudir au mauvais moment, moi j’aime mieux les gens qui applaudissent sincèrement plutôt que des gens qui se retiennent. Je trouve qu’au Canada c’est plus strict qu’ici.

Le fait de beaucoup voyager n’est pas trop dur pour votre vie familiale ?

C’est sûr que c’est spécial, nous sommes souvent à l’extérieur de la maison donc pour ce qui est des parents on est habituées. C’est plus pour nos copains que c’est un peu difficile d’être loin. Je dirai qu’on n’a sûrement pas le choix, c’est comme ça… Mais on a accepté cette vie-là, moi mon copain est claveciniste et chef d’orchestre donc il comprend très bien.

Pour finir, que pensez-vous du festival ?

Je trouve ça vraiment fantastique, je trouve que c’est super bien organisé pour les artistes. L’espace est super, il y a la terrasse et la scène où les gens peuvent se retrouver tout au long de la journée pour manger et boire. C’est accessible et des gens de tout âge, les musiciens qui viennent avec leurs familles. Le contact avec le public est beau, il y a une très belle proximité. Aujourd’hui nous avons un concert au palais de justice, demain on joue a la prison ; les publics changent. Demain on fait la Tour de La Rochelle, je pense que ça va être très beau avec le coucher de soleil on va avoir un décor complètement différent. Jouer dans des endroits aussi variés et dans ces villes à proximité je trouve ça vraiment merveilleux. 

Mathilde(s) Scapin et Plus

 

The following two tabs change content below.

Mathilde Scapin

Je suis charentaise et j'ai 16 ans. Je passe en 1ère ES au Lycée Bellevue à Saintes. Je fais du handball depuis 2 ans et j'étudie le russe depuis plusieurs années. J'aimerai essayer de rentrer à Sciences Po Paris et peut être faire du journalisme après qui sait... On verra bien ce que l'avenir me réserve!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *