Mécène dis moi que tu m’aimes !

Le 10 avril dernier, Alain Rousset, président de la Nouvelle Aquitaine, décidait d’annuler les Nuits Romanes, événement culturel qui existait depuis 2005, pour des raisons budgétaires. En effet, l’événement qui coûtait 4 millions n’était plus organisable par la nouvelle région. « Si je maintiens les Nuits Romanes, je casse tout l’accompagnement des troupes en Poitou-Charentes (…). Imaginons que je fasse des Nuits Romanes dans les deux autres régions, vous faîtes péter la banque » se justifiait alors le président de région (source : Sud Ouest).

Cependant cette annulation pose la question de la baisse des financements publics notamment dans le domaine de la culture. Une baisse qu’il faut toutefois relativiser selon Roman Girard, responsable des relations extérieures (mécénat) de l’association de l’abbaye aux Dames. On ne peut pas véritablement parler de baisse, mais plutôt « d’une multiplication des projets qui entraîne une division plus grande des financements et donc moins d’argent pour chaque projet ».

Cocktail-Nuit-du-Festival-par-Sebastien-LavalLes festivals se doivent pourtant de compenser et de trouver d’autres moyens pour mettre en place un véritable budget. Le mécénat peut alors apparaître comme une des meilleures solutions. Le 3 mai, Admical (association pour le développement du mécénat industriel et commercial) délivrait les résultats d’une étude confiée à CSA research à propos du mécénat d’entreprises. Après avoir contacté 1003 entreprises au téléphone, l’organisme concluait à une forte hausse du mécénat entre 2014 et 2016. En effet, alors que depuis la crise de 2008 l’argent se faisait de plus en plus rare dans le milieu de la culture, passant de 500 millions en 2012 à 346 millions en 2014, les financements semblent repartir à la hausse et retrouvent leur niveau de 2012. La culture est d’ailleurs particulièrement appréciée des mécènes puisque 24% des entreprises engagées dans le mécénat la choisissent (ce qui la place juste derrière le domaine du social).

Quant à la musique, elle représente 27% du mécénat culturel. Les pouvoirs publics eux-mêmes semblent d’ailleurs estimer que le mécénat est une meilleure solution et ce même si la Loi Aillagon de 2003, qui facilite le mécénat privé, est vue par certains comme un moyen de faciliter l’évasion fiscale. Ainsi, le ministre de l’Économie Emmanuel Macron avait accepté, il y a peu, de parrainer une journée du mécénat. Pour les élus et les représentants politiques, l’imbrication de l’action publique et de l’action privée se fait de plus en plus logique.

L’augmentation concerne également le mécénat de particuliers qui se répand grâce à internet et à la volonté de plus en plus forte des personnes de s’impliquer dans un projet. Cette augmentation se ressent au niveau du festival de Saintes dont une des spécificités est d’avoir 50% de ressources propres (ce qui est particulièrement rare pour un festival). Roman Girard explique que s’il n’y a jamais assez de mécènes, on observe bien une multiplication des dons ponctuels (des particuliers qui donnent un peu d’argent pour le festival), mais aussi du cercle d’entreprises qui aident l’association.

Il faut dire que le mécénat est plutôt bénéfique pour ces dernières. Il leur permet de mettre en place une certaine image et une certaine dynamique, mais également d’aider des projets qui leur tiennent à coeur avec l’idée d’un système de valeur commune entre le mécène et l’association. C’est le cas de Jean-Yves Hocher, président de MécénAbbaye et un des mécènes principaux de l’association par l’intermédiaire du Crédit Agricole. Mécène depuis 2006, il explique aider l’association, car elle offre un véritable projet pour les jeunes et leur permet, par l’intermédiaire du JOA (Jeune orchestre de l’abbaye), d’avoir une véritable formation complète et intéressante.

Cependant, le mécénat pose encore problème. Tout d’abord, car les festivals restent très dépendants de ce financement. Ainsi, l’Annecy Classic Festival a été annulé cette année à la suite d’un désaccord avec le mécène principal : Andreï Valerievitch Cheglakov. De plus, il n’est pas toujours simple de trouver des mécènes. Pour Jean-Yves Hocher, une des grandes difficultés est que la majorité des entreprises décident de parrainer localement et il est difficile de mobiliser celles qui sont géographiquement éloignées. La mise en place des grandes régions serait alors une bonne nouvelle pour Roman Girard puisqu’elle permettrait d’étendre le champ d’action.

Le mécénat est donc un bon moyen pour les festivals de mettre en place un budget conséquent. L’année dernière l’association de l’Abbaye aux dames a ainsi reçu près de 280 000 euros de dons. Pour autant, il reste difficile de trouver des mécènes qui s’ils sont de plus en plus nombreux sont également de plus en plus sollicités et recherchés.

Eléonore Terville

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Eléonore Terville

19 ans. Curieuse. Une envie : devenir journaliste. Peut-être un jour sur vos écrans.

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