“Si le public ne s’ennuie pas, on a réussi !”

Aujourd’hui, je me suis demandée quel lien unit un musicien à son public. J’ai donc arpenté les allées du festival à la recherche de musiciens;

Présentez votre groupe, Quintette Fauve, en quelques mots ?

Nous sommes tous au conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon (CNSM). On est en formation basson, cor, flûte, clarinette et hautbois. Le groupe est formé depuis un an et demi. Il y a Éléonore au hautbois, Martin à la clarinette, Fanny à la flûte, Anthonin au cor et Diane au basson. Nous avons commencé en quatuor sans cor. On s’entend bien donc tant mieux. Enfin ça dépend avec qui !

Le public est-il différent d’un concert à l’autre ?

Ouais carrément. On a eu l’occasion de se produire au sein de la saison publique du conservatoire et c’est sûr que l’on ne va pas avoir le même public dans une saison publique au conservatoire que dans un festival ou dans une salle de concert en programmation régulière dans l’année. Au conservatoire, il y a forcément des copains qui vont venir écouter, il y a une sorte de pression. Ici aussi, nous avons la pression, mais ce n’est pas la même chose. C’est plus le plaisir du concert alors qu’au conservatoire ça va plus être de la performance. Dans tous les cas, c’est du plaisir de partager avec un public différent. Ça ne va pas être la même ambiance dans la salle en fonction des situations. On alterne aussi entre tout ce qui est examen, ce l’on doit faire au conservatoire et puis tout ce qui est concert, audition normale et puis tout ce qui est festival et récital.

Comment gérer les emplois du temps entre conservatoire et festivals ?

C’est une question d’organisation… que l’on a pas ! Nous avons chacun des emplois du temps chargés et arrivés à se voir tous les 5 pour répéter et organiser des concerts, c’est difficile. Que ce soit au conservatoire ou ailleurs, c’est toujours difficile. Quand le concert est hors du conservatoire, comme ici, c’est plus agréable, car nous n’avons pas d’obligation “scolaires”.

Est-ce qu’en concert vous sentez quand le public est plus réactif ?

Ah oui complètement ! Je pense que si le public est plus réactif, c’est aussi du ressort du musicien d’offrir quelque chose au public qui va être peut-être plus fort. Il faut savoir s’adapter ! On va devoir réagir différemment pour que le public se sente à l’aise, qu’il profite de l’instant et qu’il y ait une connexion entre eux et nous.

Est ce que justement cette connexion est importante ?

Oui, c’est primordial ! Quand on fait de la musique, il faut vraiment que le musicien donne quelque chose au public. Le public va ressentir quelque chose et le public va nous rendre cette énergie-là, ça va nous donner une énergie encore plus grande sur l’instant présent. C’est de l’échange.

Est-il déjà arrivé que le public ne réagisse pas ou peu ?

Nous 5, je pense que cela ne nous est jamais arrivé. On ne nous a jamais jeté ni des roses ni des tomates ! On voit tout de suite quand le public est plus ou moins réactif et moins chaleureux aussi grâce aux applaudissements notamment. Nous avons un vrai échange avec le public. S’ils restent discuter avec nous, c’est bon signe. Et même le silence dans la salle, si on arrive à capter le public c’est gagné ! Si on sent que le public est dissipé, et bien on se dit que nous n’avons pas fait notre travail. C’est une question de suspendre le temps et de créer un truc au moment M, à l’instant T. C’est complètement sur l’instant en fait, c’est ce qui est difficile. Si le public ne s’ennuie pas, on a réussi !

Après le concert est ce que vous vous posez toutes ces questions ?

Carrément, et on sait si le public a apprécié ou pas. Parce qu’il y a la performance, mais aussi les œuvres que l’on a choisi qui peuvent influer sur la réaction du public. Dans le cadre du festival de Saintes, nous jouons des pièces relativement modernes, du XXe siècle, qui ne sont pas des pièces faciles d’accès ou forcément pour tout le monde.Même si quelqu’un est mélomane, cela ne veut pas dire qu’il va apprécier une œuvre de Ligeti ou de Berlioz, car il n’a pas les codes pour comprendre les œuvres ou parce qu’il n’aime pas cette musique tout simplement ou parce qu’on l’a mal interprété. C’est à nous de rendre ça intéressant, de les ouvrir sur autre chose. C’est aussi d’avoir l’avis de personnes qui ne sont pas des professionnels de la musique et surtout dans un répertoire comme Ligeti, Berlioz, des œuvres qui sont contemporaines. Les professionnels vont toujours nous parler techniquement de détails alors que l’avis des personnes qui ne sont pas adeptes de cette musique est toujours intéressant. Parfois, nous avons d’agréables surprises.

Trouvez-vous que le public indifférent est aussi important qu’un public impliqué ?

Complètement parce qu’il participe au concert aussi même s’il n’a pas l’air d’y participer. C’est compliqué comme question ! C’est comme quand on va faire des concerts en prison ou dans un hôpital où il y a peu de public et que certains arrivent en cours de concert. Certaines personnes aussi qui vont être complètement impliquées, vont crier pendant le concert ou vont pleurer. Ça peut-être perturbant sur le moment, mais complètement touchant et c’est la preuve que le message passe.

Y’a-t-il lors d’un concert de musique classique une sorte d’état de grâce, l’équivalent du duende en flamenco où certains spectateurs peuvent entrer en état de transe ?

Dans la musique classique, ça reste quelque chose de compliquer à obtenir. Il faut qu’il y est un silence. C’est comme l’orgasme, c’est le fait d’arriver au paroxysme où tu te dis que l’on doit être dans un état de transe, mais… infini pour que le public comprenne notre délire en fait ! Mais c’est très compliqué. En orchestre, cela reste plus simple du fait de l’ensemble parce que tu ressens les vibrations de tout l’orchestre. Quand on est en musique de chambre, c’est moins fort, mais ça existe, pas aussi fort qu’en orchestre ou quand tu joues en soliste. Moi je pense que cela existe et le public contribue totalement à l’état de transe. C’est propre à chacun.

Avez-vous une anecdote à raconter sur votre rapport avec le public ?

Nous avons fait un concert au printemps dans le cadre de la saison publique du conservatoire où l’on a été amené à interpréter la petite symphonie de Gounod dans le cadre d’une exposition rétrospective de Yoko Ono, artiste plasticienne au musée d’art contemporain de Lyon. Nous avons été recouverts de bandelettes de gaze par des danseurs contemporains pendant que l’on jouait et du coup, au fur et à mesure de la performance on pouvait de moins en moins jouer parce qu’on étaient tous recouvert. On était complètement momifié et du coup c’est vrai que le public a ri et complètement malgré nous. On entendait que des fausses notes, le son était horrible et donc on sentait que la musique n’était plus au centre de la performance, mais c’était vraiment l’ambiance.

Propos recueillis par Inès Tourdot

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Ines Tourdot

J'ai 15 ans. Je vis à Saintes. A la rentrée, je passe en première S au lycée Recouvrance. J'aime les sciences mais également le journalisme et la géo-politique.

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