“Si nous sommes à fond, le public sera réceptif à ce qu’on lui propose”

David Bismuth venu à Saintes pour interpréter les oeuvres de Verdi, Bernstein, Schubert, Beethoven et Chostakovitch, à l’occasion de 2 concerts. Il a été désigné par le magazine Pianiste, comme l’un des dix pianistes français les plus doués de sa génération, Inès l’a rencontré.

Pouvez-vous vous présentez-vous en quelques mots ?

David Bismuth, pianiste, invité pour la deuxième fois au festival de Saintes. Je suis déjà venu il y a deux ans. Cette année, je donne deux concerts, un concert à quatre mains [avec Maxime Zecchini] et un concert piano/violoncelle.

Comment se sont passées vos répétitions ?

Très bien ! On peut travailler soit dans des studios soit dans la salle où l’on va jouer. Et pour l’instant, tout va bien.

Le public est-il différent d’un concert à l’autre ?

Très différent, surtout différent entre l’été et le reste de l’année parce que l’été les gens sont plus relax et j’ai l’impression qu’ils apprécient plus le concert.

Comment faites-vous pour créer une interaction entre le public ?

J’espère qu’elle se crée à travers la musique ! Du coup, ce n’est pas moi qui la crée directement, mais c’est le morceau que je suis en train de jouer qui trouve un écho dans les gens… ou pas.

Sentez-vous quand le public est plus réceptif ?

Oui parce que justement il est calme donc a priori quand les gens sont calmes et que l’on n’entend rien dans la salle c’est que c’est bon signe.

Quelles relations avez-vous avec votre public ?

Cela dépend dans quel pays on joue ! Dans certains pays, le public est très réservé et dans d’autres pays le public manifeste plus. Dans d’autres, le public se manifeste même entre les mouvements, parfois à la fin, ça dépend !

Est-ce que la relation avec le public est différente selon le type de salle, par exemple une salle de musique classique, un auditorium philharmonique ou bien comme ici à l’Abbaye ?

Non, ça ne change pas trop à ce niveau-là. C’est plus sur les périodes de l’année, selon le lieu dans le sens des différents pays, mais je pense que les types de salles ne changent pas grand-chose.

Existe t-il une recette pour créer une vraie relation avec le public ?

La recette est de croire en ce que vous faites à 100 % et les personnes qui sont venues pour écouter le concert, sont a priori disponibles. Et si nous sommes à fond, ils seront réceptifs à ce qu’on leur propose.

Est-ce qu’un public qui ne réagit pas peut vous mettre mal à l’aise ?

Oui, bien sûr ! Quand on joue, c’est un échange donc on se base aussi sur ce que l’on reçoit du public que ce soit par les silences ou par les applaudissements. Quand l’un ou l’autre n’arrive pas comme on le pensait, on est très déstabilisé.

Justement vous préférez les silences ou les applaudissements ?

Plutôt les silences. Les applaudissements sont toujours là, plus ou moins longtemps, plus ou moins nombreux, mais le silence, c’est vraiment le reflet de ce que les gens sont en train de recevoir.

Est-ce que vous vous posez des questions après un concert où le public s’est montré indifférent ?

Bien sûr ! On se dit, mais qu’est-ce qui n’allait pas ? Est-ce que j’ai mal joué ? Est-ce que c’est la faute du programme choisi ? Est-ce de notre faute ? On se pose vraiment beaucoup de questions. Beaucoup plus de questions que lorsque cela se passe bien !

Y’a-t-il lors d’un concert de musique classique une sorte d’état de grâce, l’équivalent du duende en flamenco où certains spectateurs peuvent entrer en état de transe ?

Ce n’est pas un état de transe, mais plutôt une grande réceptivité, une grande concentration de la part du public. Et ce qui est intéressant, c’est de leur faire oublier qu’ils peuvent penser ailleurs, mais qu’ils soient juste concentré sur la musique qu’ils écoutent. Ce n’est pas une vraie transe, mais c’est une sorte de séance hypnotique.

Avez-vous une anecdote a raconter entre vous et le public ?

Je suis allé faire des concerts en Corée et à la fin les gens se sont montrés très enthousiastes. Pendant le bis qui était très rythmé, ils sont mis à taper dans leurs mains en rythme, un peu comme à un concert de variété. C’était très inattendu puisque dans le classique, on n’a pas du tout l’habitude de voir ce genre de réaction. J’ai été très surpris, mais c’était très sympa !

Les codes sont-ils différents en fonction des pays ?

Ce code est justement plus répandu en Asie qu’en Europe. Je pense qu’en Asie, les gens n’hésitent pas à réagir avec ce qu’ils entendent alors qu’en Europe, ils sont justes spectateurs. C’est moins interactif !

Propos recueillis par Inès Tourdot

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Ines Tourdot

J'ai 15 ans. Je vis à Saintes. A la rentrée, je passe en première S au lycée Recouvrance. J'aime les sciences mais également le journalisme et la géo-politique.

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