Vous avez dit “accessible” !

Une étude réalisée en 2008 le démontre bien, seule une catégorie de la population accède aux concerts de musique classique : 7 % de la population a assisté à un concert de musique classique la même année, contre 11 % dans des concerts de “variété”. L’opéra et l’opérette sont loin derrière avec 4%. Pourquoi la musique classique ne bénéficie pas de l’engouement populaire qu’elle a pu connaître quelques décennies et siècles auparavant. Pour nous éclairer, nous avons croisé Charbel Charbel, étudiant en musique de 20 ans, de passants à l’Abbaye aux Dames et Séverine Garnier, journaliste et critique musicale.

« Le problème de la musique classique est que c’est un mot qui regroupe cinq, voir six siècles de musique donc il y a toujours eu à toutes époques, une distinction entre musique savante et musique populaire. Et la musique populaire de l’époque, aujourd’hui on la considère comme de la musique classique par exemple » explique Séverine Garnier. Victor Villagra, mélomane de 62 ans « pense que la musique classique a toujours été populaire parce la musique classique c’est une histoire d’évolution, elle est née avec la Renaissance et on a eu ensuite tous les grands musiciens les uns après les autres au cours de l’Histoire ».

« La musique classique est opposée aux musiques dites actuelles, poursuit Séverine Garnier, en fait certains disent que c’est la musique savante parce qu’il s’agit d’une question de construction. Une construction un peu plus complexe que ce que l’on peut entendre sur NRJ par exemple. Des morceaux ont réussi à dépasser les siècles et ce sont des tubes, comme la cinquième symphonie de Beethoven par exemple, car c’était le jingle d’une radio à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est une musique populaire puisque tout le monde la connaît. Dans ce sens la musique classique est populaire puisqu’un grand nombre de personnes connaît ce morceau. On l’oppose à la musique populaire d’aujourd’hui qui à un moment donné plaît à un grand nombre de personnes, mais rien ne vous dit que dans 300 ans on écoutera encore le dernier tube de Madonna ».

L’étude met aussi en avant les tranches d’âge, les 55 ans et plus représentent 45 % des auditeurs de classique, contre 10% pour les 15-24 ans. L’âge moyen du spectateur ou de l’auditeur de musique classique est aussi une image qui colle à la peau du genre. Mais il est loin d’être le seul, l’aspect “bourgeois” est aussi souvent renvoyé quand l’on parle de musique classique.

La population, toujours selon l’étude, qui assiste aux concerts de musique classique est variée, mais la fréquentation correspond à des catégories socioprofessionnelles précises. En effet 4 % d’agriculteurs, artisans et ouvriers assistent aux concerts de classique, contre 26 % pour les cadres et profession intellectuelle supérieure, 8 % d’étudiants et 30 % de retraité.

« Je viens voir les répétitions puisque les places sont trop chères. Je suis au RSA donc les prix des places ne me sont pas accessibles, mais je pense que c’est un art accessible à tous puisque même si on n’a pas d’argent pour assister aux concerts, on peut écouter de la musique classique à la bibliothèque par exemple » déclare Victor Villagra.

« Une place de musique classique c’est souvent moins cher qu’une place de concert pour un rappeur américain par exemple. C’est un art accessible à tous puisque des actions culturelles sont mises en place pour faire découvrir ce registre musical à un plus grand nombre ainsi que des actions ludiques », dévoile Charbel Charbel, étudiant en musique de 20 ans. « C’est un préjugé de dire que “La musique classique est bourgeoise”, enchaîne Séverine Garnier, c’est-à-dire que si l’on veut vraiment écouter de la musique classique, il y a des vidéos YouTube, des concerts gratuits, mais je suis d’accord qu’à l’Opéra de Paris les places peuvent être chères. En revanche, quand on est étudiant on peut accéder à tout un tas de concerts pour 8-10 €, au même prix qu’une place de cinéma. C’est-à-dire que c’est à chacun de savoir utiliser son argent comme il le veut ».

Un homme, Jean-Bernard Laluque, s’énerve : « Les prix sont beaucoup trop élevés ! C’est à cause de cela que nous ne pouvons pas accéder à ces concerts ». Difficile de trouver des solutions pour que ce type de musique devienne plus populaire auprès des jeunes, même si les outils, comme les lieux, existent pour y avoir accès gratuitement. Certains pays ont, dans leur programme scolaire, une éducation musicale tournée vers la musique classique. « La musique classique est dans la culture populaire des pays germaniques et anglo-saxons c’est dans leurs traditions, en France par exemple je pense que c’est plutôt la littérature » développe Charbel Charbel. Il s’agit peut-être d’une piste à explorer afin de populariser cette musique auprès de tous.

Mathilde Scapin

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Mathilde Scapin

Je suis charentaise et j'ai 16 ans. Je passe en 1ère ES au Lycée Bellevue à Saintes. Je fais du handball depuis 2 ans et j'étudie le russe depuis plusieurs années. J'aimerai essayer de rentrer à Sciences Po Paris et peut être faire du journalisme après qui sait... On verra bien ce que l'avenir me réserve!

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